Plus belle la vie à quatre pattes – Episode 18

Plus belle la vie à quatre pattes – Episode 18

 

Quand  je descends au sous-sol en ce matin de Janvier(2017), un miaulement plaintif s’élève parmi les outils de jardin.

« Minou, minou…, viens…viens … »

Et qui s’avance, les yeux grands comme des soucoupes, en décrivant des moulinets saccadés avec sa queue ?…

– Tyi ! Qu’est-ce que tu fais là ?

Elle se précipite dans mes jambes et dans un miaulement déchirant me déclare tout de go : « Je viens habiter avec toi !

– Mais, ma pauvre Tyi, ce n’est pas possible.

– Oh ! S’il te plait… Tu m’as trop manqué cette semaine où on ne t’as pas vue. Je t’ai attendue tous les jours sur le chemin devant chez toi (ce qui me sera confirmé quelques jours plus tard par la voisine). Je t’en prie, garde-moi chez toi.

– Mais, ce n’est pas chez moi, ici. J’habite chez les Kikinous.

– Eh ! bien, tu leur expliques, crie-t-elle en s’enfuyant.»

A cet instant précis, une sirène à deux tons retentit derrière mon dos. Je sursaute : deux dragons crachent leur venin, le poil hérissé jusqu’au bout de la queue, le cou allongé, le menton au ras du sol. « Pschiiii, fiche le camp, pschiiii… »

Me voilà prise au dépourvu. Je bredouille : « Oh ! non, mes Kikinous jolis, c’est une pauvre petite Minette…gentille…elle a froid…elle a faim…Ne lui faites pas peur. »

Mes deux petits monstres persiflent : «  Pas de cha ichi ! »

Alors, j’explose : « Holà,  s’pèces de chats des rues, vous avez oublié d’où vous sortez ? Vous n’avez pas honte ?? »

Titine n’aime pas les remontrances. D’ordinaire, elle proteste de sa petite voix aiguë en secouant le menton, mais là elle s’éclipse dignement par la chatière et s’en va ruminer sa rage dans le froid du matin.

Grigris, en parfait comédien, prend un air tout contrit. J’en profite : « Ô mon Grisou, tu es gentil, toi et puis tu es beau, très beau ». IL se rengorge. La formule magique a encore une fois fait son effet. Je le caresse. Le fauve est redevenu peluche. Je lui donne les deux bonbons qui traînent au fond de ma poche et lui suggère de rejoindre sa sœur sans tarder pour faire ensemble comme chaque matin leur inspection du jardin.

Sans que j’aie besoin de l’appeler, Tyi revient se frotter dans mes jambes : « Eh, ben, tu vois, c’était  pas difficile ! Tu as été parfaite ! J’te promets, je m’ ferai toute petite. Regarde, j’ai rien fait tomber, j’ai pas fait de saletés, j’ai utilisé la litière et j’en ai pas mis partout… »

Sentant qu’elle est en train de gagner la partie, elle saute sur la table de jardin rentrée pour l’hiver et se frotte contre le berceau en osier récupéré en piteux état à La Samaritaine et qui attend d’être restauré. Lavé, brossé, il doit bien encore exhaler quelque odeur perceptible par un nez de chat. Elle semble me dicter la marche à suivre. Médusée, j’obéis.

« Bon, tu veux t’installer là ?… »

Voyons, ce gros polochon bourré de plumes qui encombre depuis des années un placard ?…

Parfait ! Il garnit tout le fond du berceau. Une couverture par-dessus. Tyi, qui n’a pas perdu le moindre de mes gestes, s’y précipite et entreprend de pétrir vigoureusement ce lit douillet. Le tréteau que j’apporte la fait fuir, mais quand elle me voit revenir avec deux grosses couvertures de laine, elle a compris. Elle n’attend pas que j’aie fini l’installation. Elle se blottit sous sa tente berbère et se met à ronronner comme une Mobylette, fière de sa victoire.

Il me faut maintenant aller m’occuper de ceux de La Samaritaine. Un miaulement impérieux me rappelle. « Oh ! pardon, ma Tyi, tu n’as sans doute rien mangé depuis hier. »

D’aucuns diraient qu’il ne lui manque que la parole. Elle n’en a pas besoin. Elle sait parfaitement se faire comprendre. Sacré petit bout de chatte !

 

(à suivre )